Mosoj Yan

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Bolivie - Cochabamba
de alex, le 31-05-2009

Mosoj Yan

Mosoj Yan, "chemin nouveau" en langue quechua (parlée par la plupart des familles), est une institution chrétienne qui s'occupe depuis 1991 des gamines et adolescentes qui travaillent comme petites vendeuses dans la rue et des jeunes filles qui se retrouvent à la rue (dans les deux sens du terme) pour d'autres raisons (fugues, viols, drogue, prostitution, violences familiales, filles-mères, etc).
 
 
Le but de Mosoj Yan est de donner ou de rendre à ces filles une dignité, une vie saine et le goût de l'école. Un long processus qui passe par une éducation chrétienne et l'amour de Dieu... et de facon plus pragmatique, par l'éducation scolaire et par un suivi psychologique pour la meilleure réintégration sociale et familiale possible.
 
Le programme en tant que tel, comporte plusieurs projets selon l'âge et la situation des gamines :
 
- Centro de niñas y adolescentes trabajadoras (centre des fillettes et adolescentes travailleuses) : ce centre de prévention est ouvert tous les jours du lundi au vendredi, offrant aux gamines un cocon où elles peuvent être des enfants innocents... elles ont entre 6 et 13 ans. Elles demandent beaucoup d'affection mais leur comportement me change radicalement de mes petits bouddhistes bien élevés!!! Crise, refus, insolence voire violence (une gamine a frappé Vanessa)... je retrouve mes repères de prof en France!!!
 
 
Ces gamines vivent avec leurs familles, apportant leur contribution financière en vendant cigarettes, chocolats, bonbons, etc. après l'école, jusqu'à tard. 
Elles sont scolarisées le matin ou l'après-midi (parfois suivant un accord entre le centre et l'établissement scolaire, pour s'adapter à leurs lacunes) et viennent au centre pour faire leurs devoirs dans un environnement propice, avec l'aide d'éducateurs ou de volontaires comme moi...
 
Elles peuvent aussi prendre un repas complet le midi pour un boliviano symbolique (10 centimes d'euro), possèdent une brosse à dents à leur nom (le centre insiste particulièrement sur les règles d'hygiène... et ce n'est pas du luxe quand on voit l'état des dents des gamines!!!), peuvent accéder à la bibliothèque du centre (entre l'Arche de Noé et les 10 commandements, quelques bouquins et contes pour enfants), aux jeux de société et aux balancoires...
 

 
Avec néanmoins une participation aux tâches ménagères selon un planning : faire les toilettes, mettre la table, laver la salle commune, faire sa propre vaisselle, etc.
 
 
 
 
Les filles arrivent dans ce centre, soit approchées dans la rue par Gladys (une des responsables), soit amenées par une copine, soit avec le bouche à oreilles...
 
Certaines ne savent ni lire, ni écrire alors le but est de leur donner envie d'apprendre, de prendre le chemin de l'école... et il faut du temps!!!
 
Je travaille dans ce centre depuis mon arrivée, tous les jours de la semaine. Mon expérience professionnelle comble mes lacunes en espagnol (mais travailler avec les petites me fait aussi énormément progresser!!!). Et j'amène ma touche personnelle avec l'organisation de jeux en fin de demi-journée ou avec l'apprentissage de chorégraphies... après avoir planché sur les maths, la bio ou la grammaire.
 
 
Ma "mutation" à l'Albergue le mercredi et le vendredi, restreint mon action aux trois autres jours de la semaine.
 
- Centro de motivacion (centre de motivation) : ce centre d'intervention concernent les jeunes filles exclues de leur cellule familiale pour raisons diverses (violences, abus sexuels, etc). Le but est de les amener à commencer un nouveau projet de vie. Le centre représente la première étape pour ces gamines avant de partir vers un autre centre de Mosoj Yan... il revêt donc un caractère très important : motiver ces filles qu'il existe une vie meilleure!!!
 
- Centro de Renovacion (centre de réhabilitation) : 7 adolescentes de 13 ans à 17 ans, vivent là (dont trois avec leurs gamins). C'est un peu le centre de désintoxication de Mosoj Yan... toutes les filles ont été confrontées à la drogue et tentent de s'en sortir.
 
- Albergue de restauracion (auberge de réintégration socio-familiale) : 13 adolescentes de 13 à 18 ans (la population à "haut risque" de Mosoj Yan), vivent dans une maison commune pour un contrat de 1 à 2 ans. Elles tournent pour préparer les repas, faire le ménage... Une belle solidarité. Trois filles ont un gamin à charge et Sandra, la benjamine du groupe (13 ans) doit accoucher dans trois semaines... Six filles sont scolarisées en cours du soir, sinon le reste de l'éducation se fait a l'Albergue. Le travail consiste à se reconstruire, à se forger un modèle pour une réintégration réussie. Au terme du contrat, les filles ne sont pas lâchées dans la nature mais ont un suivi psychologique tant qu'elles le jugent nécessaire...
 
 
C'est le deuxième centre où je vais intervenir à partir de cette semaine. Aide en anglais et autres, danse, fitness... J'ai visité ce centre le 27 mai, jour de la fête des Mères. Un jour très spécial en Bolivie : toutes les femmes sont célébrées et les mères sont véritablement les reines d'un jour. J'ai partagé ce repas de fête avec les filles. Très émouvant. Un discours sur la maman qui a fait couler beaucoup de larmes (la maman qui n'est plus là... ou qui est violente... ou la mère que ces ados sont elles mêmes...). Hâte de commencer...
 
Ces quatre centres sont dispersés géographiquement dans Cochabamba mais les coordinateurs font un boulot de dingues. Et chaque centre comporte son équipe d'éducateurs et un psy...
 
Forcément ca me change du Népal. Jésus a remplacé Bouddha mais la ferveur est la même... je ne vis pas avec elles 24h sur 24h... les moyens dont dispose le centre ne sont pas comparables (pas de bibliothèque à créer ici!!!) et proviennent de Grande-Bretagne, de Finlande et des USA. Mais c'est loin d'être le grand luxe!!!
 
Les initiatives sont variées et permettent de remplir un peu plus les caisses pour faire tourner les quatre centres (notamment la Renovacion et l'Albergue où les jeunes filles sont nourries - logées).
 
Un café ouvert au public, un magasin d'objets artisanaux (réalisés par les adolescentes), la vente de gâteaux pour la Fête des mères ...
 
 
ou encore des concerts caritatifs comme la semaine dernière avec Quimbando, un trio cochabambino engagé entre funk, folk et bossa nova. Un petit moment de bonheur au profit de Mosoj Yan...
 
 
 

 
Une autre expérience qui s'annonce enrichissante même si très différente. Et des horaires qui m'amènent à regoûter aux plaisirs d'une vie posée. Une tranche de vie à Cochabamba...
 
 
 

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