Les filles sont parties... je ne voulais pas être du voyage pour profiter seule des derniers jours de cette année magique. Besoin de digérer et de le vivre seule... Mais les filles me gâtent avec un ultime cadeau avant leur retour en France : l'ascension du volcan Sajama, le plus haut sommet du pays avec ses 6542 mètres. Très touchée par leur geste... un dernier rêve avant le tomber de rideau... Je prends la route vers la frontière chilienne avec Miguel mon guide bolivien attitré et Beatriz son accolyte cuisinière. Direction le village Sajama dans le parc national du même nom, où Jan (un allemand rencontré et motivé au Salar) nous attend... Je tombe sous le charme de ce petit village de pierres au pied des volcans andins : le Sajama (6542 m), le Parinacota (6348 m) et le Pomerape (6222 m). Sensation hors-temps avec ses ruelles de sable... Les lamas se mélangeant aux villageois... Son église coloniale photogénique... Le panorama à couper le souffle, perdus dans le triangle des trois géants andins... Et surtout le majestueux Sajama qui veille sur nous... Après une nuit chez l'habitant, départ au petit matin. J'ai la boule au ventre... si l'altitude ou le défi sportif ne m'inquiètent pas, le froid et les vents violents réputés du Sajama font monter l'adrénaline... Point de départ au milieu de la forêt la plus haute du monde avec le Bosque de Quenuas... mon sac est lourd avoisinant 17 kgs : matériel, fringues, bouffe... Sentier à la pente douce mais fatigant car sablonneux pour atteindre le camp de base (4500 m) moins de trois heures. Mise en jambe réussie... On a l'après-midi pour monter les tentes, décharger les mules... 
Préparer le souper à l'abri du vent... Admirer le Sajama... ses courbes... ses couleurs... Coucher de soleil qui dore les reliefs du Sajama... La nuit est fraïche, le thermomètre frôlant les -8oC et le givre s'invitant au-dessus de nos têtes. Le camp est plié et on laisse dans un coin les affaires lourdes ou superflues pour les récupérer au retour... On croise les andinistes malheureux de l'expédition de la veille : les rafales de vent ont eu raison de leur ascension... certains sont marqués par la peur ou la fatigue de cette nuit sans sommeil... J'essaie de ne pas baisser mon optimisme : on verra même si ça semble plutôt de mauvaise augure... Passage des 5000 m après avoir contourné la barre rocheuse. Je me sens bien : les jambes et le souffle suivent... quel bonheur!!! On attaque la moraine et là, ça se complique... Jan accuse le coup physiquement. Les rafales de vent se font plus persistantes et plus violentes. Miguel affiche le sourire de façade : "es el viento del Sajama!!!" Mais il m'annonce tout de même qu'il va monter plus vite installer le camp haut à cause du vent... mouais... Trois heures de grimpette souvent avec les mains, le sac qui pèse lourd, le vent qui joue avec notre équilibre... Jan râle et peste... Beatriz serre les dents... je puise dans les réserves... Bon sang, on avance d'un pas pour en reculer de deux!!! Les pauses nécessaires permettent au moins d'admirer le paysage... On rejoint Miguel au camp haut (5800 m)... nos tentes en équilibre sur la corniche... que la montagne est belle... On patiente dans la tente, bercés par les rafales de vent... dorlotés par Miguel et Beatriz avec un repas qui tient au ventre et une tasse de mate de coca... Jan gère son début de mal de tête et ses appréhensions car il va cramponner pour la première fois. J'en profite pour m'isoler et admirer le coucher de soleil. Inoubliable. Avec l'Illimani au loin... Couchés à 19h, la nuit semble bien longue, malmenés par les rafales de vent... la toile de tente plaquée contre nos têtes... le bruit bourdonnant dans les oreilles... mais bizarrement tout cela me berce et je dors comme un bébé. Miguel vient nous réveiller vers 1h du matin... on l'entend à peine, ses mots couverts par le vent... il nous propose de le tenter et de voir sur place. On enfile ce qu'on a préparé la veille : guêtres, couches thermiques, passe-montagne, gants, sac léger, piolet, crampons, etc. Le ventre vide car le réchaud refuse de fonctionner avec ces conditions pour un thé chaud. Tant pis. On va flirter avec les 6000 mètres... le vent nous plaque littéralement au sol... on ne s'entend pas parler à plus d'un mètre... notre équilibre est plus que précaire. Résignés, on redescend à la tente... et on va attendre toute la nuit pour un éventuel départ vers le sommet. Le vent n'ira qu'en s'empirant. Dommage... le plus rageant c'est de se savoir en forme mais... non, c'est ça aussi la montagne!!! Réveil final vers 7h du matin avec le vent qui menacent nos tentes cette fois... 1h30 de galère pour plier deux tentes!!! On entame la descente glissante et périlleuse dans la moraine à contre-coeur... Obligée de mettre les mains au sol pour gérer les courbes du sentier, le vent nous déportant... hallucinant!!! On traîne en route pour profiter une dernière fois de la vue... Pause déjeuner au camp de base avec dédicace à mes sponsors officiels : VILAJ (Val, Isa, Linda et Julie)... Merci encore les filles!!! Je descends, la boule de nostalgie dans la gorge... quelle belle fin... je me retourne pour le voir et le revoir... A l'arrivée, on part se relaxer dans les délicieuses sources d'eau chaude. Irréel. Un petit bout de paradis avec le majestueux Sajama en toile de fond... Dernière nuit au village de Sajama avant de rejoindre la fourmillière de La Paz. Petit moment de bonheur au lever de soleil : les premiers rayons derrière le Sajama assise sur le muret de l'église... en écoutant "walk on the wild side"... |