Des que je passe la frontiere cambodgienne, le coup de coeur est la. Bon, j'exagere : le coup de coeur est arrive apres avoir passe Poipet la ville frontiere, sorte de Las Vegas khmer avec ses casinos et ses grands hotels pour les Thais interdits de paris dans leur pays... Des les premiers kms, je sens que je vais aimer ce pays... ca ne s'explique pas. J'ai l'impression de quitter le cote aseptise de la Thailande pour un Cambodge plus authentique et plus rural (meme si je suis consciente de m'etre limitee au sud touristique et a la capitale thai pour le moment). Trois heures de taxi en compagnie de Stefan, un businessman routard finlandais sur une route cahotique... Trois heures a voir defiler les villages et les champs (de mines?!) pour atteindre Siem Reap, la mecque touristique du pays et pour cause : cette charmante ville est situee a quelques kms des temples d'Angkor - la 8eme merveille du monde... Les vieilles maisons coloniales, les avenues bordees d'arbres et de lampadaires, les ponts qui enjambent le canal, les bicoques en bois des locaux qui cotoient les hotels 5 etoiles... et un tuk-tuk qui me trimballe pendant 1/2h a la recherche de la pension familiale reservee par Claire. Avec le sourire et sans riel ou dollard a l'arrivee... (les Cambodgiens manient le riel et le dollard comme deux monnaies nationales). Retrouvailles avec Claire apres 4 mois. Elle me parle du Cambodge, son pays d'adoption depuis 4 ans autour d'une salade de papaye relevee comme ils savent les faire ici. Ses charmes, ses travers, son histoire, sa culture, son peuple, sa corruption... Rien de tel pour decouvrir un pays. Claire mon guide pour decouvrir les temples d'Angkor, la fierte nationale (figurant sur le drapeau national, en peinture dans le moindre boui-boui, sur le moindre T-shirt ou autre souvenir, etc.). Un pass de trois jours moyennant 40 $ pour un coup de coeur inoubliable. Angkor, litteralement la capitale ou ville sainte de l'Empire Khmer entre le 9eme et le 15eme siecle... Une ville qui a abrite jusqu'a un million de personnes... ou les rois successifs ont bati des temples immenses... alternant hindouisme, bouddhisme et shivaisme selon les periodes... les styles architecturaux se succedant les uns aux autres... la perle d'Asie. Un dedale de chemins a parcourir a velo pour prendre le temps (la plupart des touristes le font a tuk-tuk, a moto ou en bus : quel dommage!!!), chaque virage devoilant un nouveau tresor architectural qui emerge de la foret...
La porte sud qui accede a Angkor Thom, la cite royale... Les remparts ou l'avantage de suivre Claire qui vous emmene hors des sentiers battus... Le Bayon, impressionnant avec ses 37 tours a visages... ...et ses bas-reliefs relatant notamment la guerre entre les Khmers et les Chams... Ta Prohm et son "etat de negligence apparente", envahi par les figuiers et les arbres fromagers comme sorti de l'imagination d'un explorateur farfelu... La Terrasse des Elephants qui s'etend sur 300 metres, revelant des labyrinthes derriere ses murs... Des temples disperses se jouant de la gravite... ... ou luttant contre une nature decidemment envahissante parfois au detriment de la stabilite des structures... Banteay Srei, "la citadelle des femmes" avec ses delicates sculptures dans un gres rose... Et enfin, Angkor Wat : une grandeur, une harmonie, une beaute a couper le souffle... le temple trone au bout d'une allee encadree de palmiers a sucre (arbre symbole du Cambodge), de bassins ou flottent des nenuphars et de nagas (creature hindouiste). Ses tours qui se dressent vers le ciel... Ses bas-reliefs d'une precision epoustouflante, decrivant des scenes tirees d'epopees indiennes ou de l'histoire d'Angkor... Ses apsaras (nymphes celestes)... Son reflet dans les bassins au lever de soleil... Et puis Angkor n'est pas un palais dore et seulement touristique, coupe de la vie khmere. Au milieu des temples, les villageois vaquent a leurs occupations enroules dans leur krama (foulard khmer faisant office de pagne, de masque a poussiere, de cheche...), perches sur leurs velos, guidant leurs buffles dans les rizieres... Claire et ses amis Melanie et Paidhey me font aussi decouvrir Kbal Spean, connu sous le nom de "la rivière aux milles Lingas"... 50 bornes a moto et une petite marche dans la jungle pour atteindre la riviere et ses lingas (représentation du sexe du dieu Shiva dans l'hindouisme) ainsi que d'autres sculptures dans la roche. Paidhey, l'ami khmer de Melanie est feru de mythologie et nous conte les legendes avec beaucoup d'enthousiasme... comme le barratage de la Mer de Lait... irresistible. On les retrouve en soiree pour un saute de boeuf sauce fourmis rouges ou un amok de crevettes... le tout arrose d'un jus frais d'ananas. Ma foi, on ne va pas se plaindre... On se quitte au bout de 5 jours : Claire reprend sa vie a Phnom Penh et moi je file en bus vers le nord-est du pays a Kratie, prenant ainsi tout doucement la direction du Laos... Kratie n'a en soi rien d'attirant si ce n'est un beau coucher de soleil sur le Mekong. Des maison coloniales qui s'effritent au-dessus de la place du marche animee en matinee... Mais j'en profite pour naviguer sur le Mekong et observer les rares dauphins d'eau douce. Moins acrobates que leurs cousins d'eau salee, ils n'en demeurent pas moins impressionnants : seule sur ma barque, dans le silence et la lumiere de fin d'apres-midi, je me plais a ecouter leur respiration, a reperer leur bec ou leur aileron... J'observe la vie de la campagne : les cochons ficeles et charges sur les motos, les hommes perches dans les cocotiers, les femmes qui surveillent le mais sur le feu, les buffles qui labourent les champs, un pere et son bebe loves dans un hamac, etc. Et je me dis que les annees 70 et les Khmers Rouges ne sont pas si loin... je me plonge dans le temoignage "First they killed my father" de Loung Ung. Bouleversant. Je quitte le Cambodge apres de longues heures de route, des correspondances et des arrets strategiques dans des restaurants pour forcer la consommation du touriste desoeuvre, assoiffe et affame. La frontiere avec le Laos se limite a deux bicoques en bois ou l'aimable douanier nous reclame 1$ pour tamponner notre visa... cote khmer et cote lao... l'encre doit couter cher par ici... hum... Apres un court trajet en sawngthaew (bus local avec bancs de bois) et un transfert en barque, je pose mon sac dans un bungalow a Don Khon, une des 4000 iles. Un bungalow avec hamac et vue sur le Mekong... cabane de tole pour la douche avec araignees, fourmis et lezards geants... Phan Don, les 4000 iles en laotien, est un veritable havre de paix : un archipel de petites iles paisibles perdues au milieu du Mekong, leur taille variant selon la saison (le Mekong atteint jusqu'a 15km de large pendant la saison des pluies!!!). Une sensation hors temps sur ces iles bordees de cocotiers... Les gens sont adorables et accueillants, vivant de la peche, de la culture du riz, de legumes et de noix de coco. Les hommes alternent peche, hamac et parties de petanque... les femmes : tissage et hamac... les gamins vous lancent un joyeux "sabaidi!!!" (bonjour en laotien)... ou l'art de ne pas stresser!!! Ils sont hallucinants... comme cet apres-midi ou quittant mon hamac, le gars de la pension m'interpelle : "tu vas ou Alex? il fait trop chaud pour bouger, retourne dans ton hamac!!!" Entre une sieste et un jus frais de pasteque, je loue un velo pour decouvrir l'ile accompagnee de Sam, un nanceien fantasque. Des sentiers forestiers pour decouvrir des criques... Des villages paisibles, des temples... Des cascades... Partager une partie de petanque... Pecher avec des gosses espiegles... Apres trois jours au rythme local, je rejoins la terre ferme avec un nouveau compagnon de voyage Massimiliano, un italien chevelu. On remonte vers le nord pour une etape a Champasak. Premiere surprise : le bus nous pose au bord du Mekong et le chauffeur nous montre la rive d'en face... Champasak. On charge donc nos sacs sur une barque avec JC un canadien puis on saute dans un tuk-tuk pour se poser chez Mr Van Deung et profiter de sa terrasse surplombant le fleuve. Champasak etait autrefois la capitale du royaume... Difficile a croire quand on arrive dans cette petite bourgade : a peine plus grande qu'un village avec son unique rue bordee de quelques belles villas d'epoque. Encore une fois, paisible... Ballade a velo et visite de Wat Phu, site archeologique le plus important du Laos, classe au patrimoine mondial de l'humanite par l'Unesco depuis 2002. Wat Phu (le temple de la montagne en lao), construit au pied de la montagne Phu Bassak, est le berceau de la civilisation khmere bien avant Angkor. Moins impressionnant mais o combien buccolique... Spectacle d'ombres en plein air dans une ambiance bon enfant... Et parties de tarot avec JC et Sam en soiree : ca faisait longtemps!!!. De Champasak, un songthaw nous ammene a Pakse, a environ 40km au nord. Ambiance plus citadine mais on ne traine pas et on loue une moto avec Massimiliano pour decouvrir le plateau Bolaven. Une boucle de quelques 200 bornes avec ses cascades... Ses plantations de the et de cafe... Ses rivieres, terrains de jeu privilegies... Ses elephants... Ses maisons sur pilotis... Ses marches... Ses villages isoles... Ses forets qui partent en fumee... Et un retour en ville avec un superbe coucher de soleil... Le Laos, le pays des contemplatifs... que je quitte a regret pour mieux le retrouver dans quelques jours avec Francois. Francois?! Merde, le rythme laotien m'a fait perdre le fil des jours : je prends un bus de nuit pour rejoindre Bangkok : juste a temps pour accueillir Mosieur a l'aeroport... |